1. Le contexte : pourquoi la réforme a-t-elle été suspendue ?
La loi du 14 avril 2023 avait porté l'âge légal de départ à 64 ans et allongé progressivement la durée de cotisation. Elle a fait l'objet de contestations importantes, et le gouvernement issu des législatives de 2024 s'est engagé à en suspendre les effets pour certaines générations. La loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 (loi n°2025-1616 du 30 décembre 2025) concrétise cette suspension, applicable à partir du 1er septembre 2026.
2. Qui est concerné par la suspension ?
La suspension concerne les assurés nés entre le 1er janvier 1964 et le 31 décembre 1968. Pour ces générations, l'âge légal est abaissé par rapport à ce que prévoyait la réforme de 2023. Les assurés nés avant 1964 n'étaient pas encore à 64 ans — ils ne sont pas concernés. Les nés à partir de 1969 restent à 64 ans.
| Génération | Âge légal avant suspension | Âge légal après suspension (dès sept. 2026) | Gain |
|---|---|---|---|
| 1964 | 64 ans | 63 ans | − 1 an |
| 1965 | 64 ans | 63 ans | − 1 an |
| 1966 | 64 ans | 63 ans 3 mois | − 9 mois |
| 1967 | 64 ans | 63 ans 6 mois | − 6 mois |
| 1968 | 64 ans | 63 ans 9 mois | − 3 mois |
| À partir de 1969 | 64 ans | 64 ans | Pas de changement |
Source : Service-Public.fr (A18825), Service-Public.fr et Légifrance — LFSS 2026
3. Impact sur la carrière longue
La suspension de la réforme affecte également les conditions du départ anticipé pour carrière longue pour les générations 1964-1968. Les âges de départ anticipé sont ajustés à la baisse, en cohérence avec les nouveaux âges légaux. Les conditions de trimestres cotisés (171 pour les nés en 1964, 172 à partir de 1965) et les conditions en début de carrière restent inchangées.
4. La durée de cotisation, elle, ne change pas
La LFSS 2026 ne modifie pas la durée d'assurance nécessaire pour le taux plein. Les assurés nés à partir de 1965 doivent toujours valider 172 trimestres. L'âge du taux plein automatique reste fixé à 67 ans pour tous. La suspension n'agit que sur l'âge légal d'ouverture des droits, pas sur la durée de cotisation requise.
5. Les départs avant le 1er septembre 2026
Les assurés qui ont liquidé leur retraite avant le 1er septembre 2026 ne peuvent pas bénéficier rétroactivement de la suspension. La mesure ne s'applique qu'aux départs intervenant à compter du 1er septembre 2026. Si votre départ était prévu avant cette date selon les règles de la réforme 2023, il est recommandé de vérifier avec votre caisse si un report volontaire serait avantageux.
6. Questions fréquentes
La suspension est-elle définitive ?
Non. La LFSS 2026 a instauré une suspension pour les générations 1964-1968. Il ne s'agit pas d'une abrogation. Les nés à partir de 1969 restent à 64 ans. Une nouvelle loi serait nécessaire pour modifier cet état de fait.
Faut-il avoir 172 trimestres pour partir à 62 ans ?
Oui, pour un départ à taux plein. Sans les 172 trimestres, la pension sera minorée par la décote (–1,25 % par trimestre manquant). Il est indispensable de vérifier son relevé sur info-retraite.fr avant de décider.
Les départs déjà effectués sont-ils rétroactifs ?
Non. La suspension ne s'applique qu'aux liquidations demandées à partir du 1er septembre 2026. Les personnes ayant liquidé avant cette date ne peuvent pas bénéficier d'une révision de leur âge de départ ni d'un recalcul rétroactif.
7. Tableau récapitulatif par génération
| Génération | Avant LFSS 2026 | Après LFSS 2026 |
|---|---|---|
| Avant 1961 | 62 ans | 62 ans |
| 1961-1963 | 62 à 62 ans 9 mois | Inchangé |
| 1964-1968 | 63 à 64 ans | 62 ans (dès sept. 2026) |
| À partir de 1969 | 64 ans | 64 ans |
8. Analyse détaillée par génération et profil
Génération 1964 : la première concernée
Les personnes nées en 1964 atteignent 62 ans en 2026. Avant la LFSS 2026, elles devaient attendre 63 ans pour liquider leur retraite — soit une attente de 12 mois supplémentaires par rapport à l'âge légal de la génération précédente (1963). Grâce à la suspension, elles peuvent liquider dès 62 ans à compter du 1er septembre 2026, à condition de disposer des 172 trimestres pour le taux plein. Un assuré né le 1er septembre 1964 aura exactement 62 ans à cette date — il peut liquider immédiatement.
Génération 1965 : le cas type
Un assuré né en janvier 1965, ayant commencé à travailler à 22 ans après une formation de niveau bac+3, a validé 43 ans de carrière en 2026 (de 1987 à 2030 environ). Sans la LFSS 2026, il aurait dû attendre d'avoir 63 ans et 3 mois, soit mars 2028. Avec la suspension, il peut partir en septembre 2026 dès ses 61 ans et 8 mois si ses 172 trimestres sont validés. Le gain est de 18 mois sur la durée de vie au travail.
Profils complexes : carrières hachées et temps partiels
L'avantage de la suspension est maximal pour les assurés ayant atteint les 172 trimestres : ils peuvent partir 1 à 2 ans plus tôt. En revanche, les assurés dont la carrière comporte des lacunes (chômage non indemnisé, temps partiel réduit, périodes à l'étranger non cotisées) n'ont souvent pas les 172 trimestres à 62 ans. Pour eux, la suspension n'ouvre pas un départ immédiat à taux plein : ils doivent soit continuer à travailler pour compléter leurs trimestres, soit accepter la décote de 1,25 % par trimestre manquant.
9. Impact sur la pension : calcul et exemples
Le calcul de la pension de base CNAV
La pension de base au régime général est calculée selon la formule : Salaire Annuel Moyen (SAM) × taux de liquidation × (nombre de trimestres validés / durée de référence). Le SAM est calculé sur les 25 meilleures années de carrière. Le taux plein est de 50 %. La durée de référence pour les nés à partir de 1965 est de 172 trimestres. Si l'assuré a exactement 172 trimestres à 62 ans, son taux de liquidation est 50 % et son coefficient de proratisation est 1 : sa pension n'est pas réduite.
Exemple chiffré pour la génération 1965
SAM = 2 400 €/mois. Taux = 50 %. Proratisation = 172/172 = 1.
Pension CNAV = 2 400 × 50 % × 1 = 1 200 €/mois brut.
Sans la LFSS 2026, elle aurait dû travailler jusqu'en mai 2028 (63 ans 3 mois).
Gain : 20 mois de retraite supplémentaires, soit 20 × 1 200 € = 24 000 € de pension cumulée.
10. Démarches pratiques pour en bénéficier
Pour bénéficier de la suspension, aucune démarche préalable spécifique n'est requise. La suspension s'applique de droit aux demandes de liquidation reçues à compter du 1er septembre 2026 pour les assurés des générations éligibles. Les étapes pratiques sont les suivantes :
- Vérification des droits : consulter son Relevé de Situation Individuelle (RIS) sur info-retraite.fr pour vérifier le nombre de trimestres validés dans tous les régimes
- Simulation en ligne : utiliser le simulateur M@rel sur info-retraite.fr pour estimer le montant de la pension selon différentes dates de départ
- Demande de retraite : déposer la demande 4 à 6 mois avant la date souhaitée de départ, auprès de la CNAV (régime général) ou de la MSA (agriculteurs)
- Complémentaires : déposer simultanément la demande auprès d'Agirc-Arrco sur agirc-arrco.fr, ou attendre que la CNAV transmette automatiquement la demande (convention de guichet unique)
Pour une liquidation au 1er septembre 2026, la demande doit être déposée au plus tard en mars 2026 pour éviter un retard de versement. Les caisses de retraite traitent les demandes dans un délai moyen de 4 mois.