La suspension de la réforme des retraites s'applique depuis le 1er septembre 2026. Elle concerne les générations 1964 à 1968 et joue sur deux paramètres, et non un seul : l'âge légal de départ et la durée d'assurance requise. Ce dossier détaille génération par génération ce qui change réellement, ce qui ne change pas, et comment en bénéficier.
1. Le contexte : pourquoi la réforme a été suspendue
La loi du 14 avril 2023 avait porté l'âge légal de départ à 64 ans et allongé la durée de cotisation à 172 trimestres, selon un calendrier de montée en charge trimestre par trimestre. Après les contestations et le changement de majorité, l'article 105 de la loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 de financement de la sécurité sociale pour 2026 en suspend la montée en charge. Trois décrets du 7 mai 2026 en fixent les modalités, pour une application aux départs prenant effet à compter du 1er septembre 2026.
Il s'agit bien d'une suspension, et non d'une abrogation : le calendrier de 2023 reprend son cours au 1er janvier 2028.
2. Qui est concerné : l'âge légal génération par génération
La suspension concerne les assurés nés entre le 1er janvier 1964 et le 31 décembre 1968. Attention à une confusion fréquente : ces générations n'étaient pas toutes à 64 ans avant la suspension. La réforme de 2023 montait par paliers de trois mois, et seule la génération 1968 avait atteint 64 ans.
| Génération | Âge prévu par la réforme 2023 | Âge légal depuis sept. 2026 | Gain |
|---|---|---|---|
| 1964 | 63 ans | 62 ans 9 mois | − 3 mois |
| 01/01/1965 – 31/03/1965 | 63 ans 3 mois | 62 ans 9 mois | − 6 mois |
| 01/04/1965 – 31/12/1965 | 63 ans 3 mois | 63 ans | − 3 mois |
| 1966 | 63 ans 6 mois | 63 ans 3 mois | − 3 mois |
| 1967 | 63 ans 9 mois | 63 ans 6 mois | − 3 mois |
| 1968 | 64 ans | 63 ans 9 mois | − 3 mois |
| À partir de 1969 | 64 ans | 64 ans | Aucun |
Les assurés nés avant 1964 ne sont pas concernés : leur âge légal était déjà inférieur et n'a pas été modifié. L'âge du taux plein automatique, lui, reste fixé à 67 ans pour toutes les générations.
3. La durée d'assurance aussi est abaissée
C'est le point le plus souvent mal rapporté. La suspension ne se limite pas à l'âge : elle abaisse également le nombre de trimestres requis pour le taux plein, pour les générations 1964 et 1965. Pour les générations 1966 et suivantes, la cible de 172 trimestres était déjà atteinte et ne bouge pas.
| Génération | Trimestres prévus par la réforme 2023 | Trimestres requis depuis sept. 2026 |
|---|---|---|
| 1964 | 171 | 170 |
| 01/01/1965 – 31/03/1965 | 172 | 170 |
| 01/04/1965 – 31/12/1965 | 172 | 171 |
| 1966 et suivantes | 172 | 172 |
Les grands gagnants
Les assurés nés entre le 1er janvier et le 31 mars 1965 cumulent les deux effets : six mois d'âge légal et deux trimestres de durée requise. C'est le seul cas où la suspension change vraiment la donne. Pour les générations 1966 à 1968, le gain se limite à trois mois d'âge.
4. Carrière longue : les bornes révisées
Le décret n° 2026-345 du 7 mai 2026 ajuste le départ anticipé pour carrière longue. Pour un début d'activité avant 20 ans, les bornes applicables aux départs prenant effet à compter du 1er septembre 2026 sont les suivantes.
| Génération | Âge de départ possible | Trimestres requis |
|---|---|---|
| 1964 | 60 ans 6 mois | 170 |
| 1965 | 60 ans 9 mois | 170 à 171 selon le trimestre de naissance |
| 1966 | 60 ans 9 mois | 172 |
| 1967 | 61 ans | 172 |
| 1968 | 61 ans 3 mois | 172 |
| 1969 | 61 ans 6 mois | 172 |
| 1970 | 61 ans 9 mois | 172 |
Nouveauté significative : depuis le 1er septembre 2026, jusqu'à deux trimestres réputés cotisés au titre de la maternité ou de l'éducation d'un enfant comptent pour l'ouverture du droit à la carrière longue. Ces trimestres en étaient exclus jusqu'ici, ce qui écartait du dispositif de nombreuses femmes pourtant entrées tôt dans la vie active.
5. Mères de famille : 24 ou 23 meilleures années
Mesure distincte mais entrée en vigueur à la même date : le salaire annuel moyen des assurées ayant eu des enfants n'est plus calculé sur les 25 meilleures années, mais sur les 24 meilleures années pour un enfant et les 23 meilleures années à partir de deux enfants. L'effet est mécanique : les années les plus faibles, souvent celles des interruptions de carrière, sortent du calcul.
Le point de vigilance
Le décret d'application n'est paru que le 31 juillet 2026, trop tard pour que les systèmes des Carsat soient à jour. Les assurées parties au 1er septembre 2026 ont donc été liquidées selon l'ancienne règle des 25 années. L'Assurance retraite annonce une mise à jour de ses outils et un recalcul automatique, sans calendrier précis à ce jour. Si vous êtes concernée, conservez votre notification de pension et vérifiez le montant après régularisation.
6. Exemple chiffré : ce que la suspension change vraiment
La pension de base du régime général se calcule ainsi : salaire annuel moyen × taux de liquidation × (trimestres validés / durée de référence). Le taux plein est de 50 %, et le coefficient de proratisation est plafonné à 1.
Marc, né en février 1965
Salaire annuel moyen : 2 400 € par mois.
Sous la réforme de 2023 : âge légal à 63 ans 3 mois, soit mai 2028, avec 172 trimestres requis.
Depuis la suspension : âge légal à 62 ans 9 mois, soit novembre 2027, avec 170 trimestres requis.
Pension : 2 400 × 50 % × (170/170) = 1 200 € brut par mois.
Gain réel : six mois de retraite plus tôt et deux trimestres de moins à valider, soit environ 7 200 € de pension perçue en plus sur la période.
Le même raisonnement appliqué à une personne née en mai 1965 donne un résultat plus modeste : trois mois d'âge et un trimestre. Le trimestre de naissance change donc sensiblement la portée de la mesure au sein d'une même génération.
Pour les assurés dont la carrière comporte des lacunes – chômage non indemnisé, temps partiel, périodes à l'étranger non cotisées – la suspension n'ouvre pas de départ immédiat à taux plein. Elle abaisse la barre, mais il faut toujours l'atteindre, faute de quoi la décote de 1,25 % par trimestre manquant s'applique.
7. Les départs antérieurs au 1er septembre 2026
La suspension n'est pas rétroactive. Elle s'applique aux pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026. Les assurés déjà liquidés avant cette date ne peuvent pas demander de révision de leur âge de départ ni de recalcul. En revanche, une personne dont la demande est en cours d'instruction a intérêt à vérifier avec sa caisse si un décalage de la date d'effet lui serait favorable.
8. Démarches pratiques
Aucune démarche spécifique n'est nécessaire pour bénéficier de la suspension : elle s'applique de droit aux demandes de liquidation prenant effet à compter du 1er septembre 2026. Les étapes restent les mêmes.
- Consulter son relevé de situation individuelle sur info-retraite.fr pour vérifier les trimestres validés dans tous les régimes
- Simuler plusieurs dates de départ avec le simulateur M@rel
- Déposer la demande 4 à 6 mois avant la date d'effet souhaitée, auprès de la Cnav ou de la MSA
- Déposer en parallèle la demande Agirc-Arrco, ou laisser jouer la convention de guichet unique
Le délai moyen de traitement est de quatre mois. Pour une date d'effet au 1er janvier 2027, la demande doit donc être déposée au plus tard en septembre 2026.
9. Questions fréquentes
La suspension est-elle définitive ?
Non. Il s'agit d'une suspension jusqu'au 1er janvier 2028, pas d'une abrogation. Au-delà, en l'état du droit, le calendrier de 2023 reprend. Les débats du projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2027, à l'automne 2026, diront si cette échéance est confirmée.
Un assuré né en 1964 peut-il partir à 62 ans ?
Non. Son âge légal est de 62 ans et 9 mois, sauf départ anticipé pour carrière longue, handicap, inaptitude ou incapacité permanente. La suspension lui fait gagner trois mois par rapport à la réforme de 2023, pas un an.
Faut-il toujours 172 trimestres pour le taux plein ?
Pas pour tout le monde. La durée requise est de 170 trimestres pour la génération 1964 et pour les personnes nées entre janvier et mars 1965, et de 171 trimestres pour celles nées entre avril et décembre 1965. Elle reste de 172 trimestres à partir de la génération 1966.
La suspension change-t-elle le mode de calcul de la pension ?
Non. Elle n'agit que sur l'âge d'ouverture des droits et la durée requise. Le calcul du salaire annuel moyen, le taux de 50 % et les règles du cumul emploi-retraite ne sont pas modifiés par ce texte. Le passage aux 24 ou 23 meilleures années pour les mères relève d'une mesure distincte.
À retenir
- Suspension applicable depuis le 1er septembre 2026, jusqu'au 1er janvier 2028
- Générations concernées : 1964 à 1968
- Le gain est de trois mois pour la plupart, six mois et deux trimestres pour les nés de janvier à mars 1965
- La durée d'assurance baisse pour 1964 et 1965 : 170 ou 171 trimestres au lieu de 172
- Aucune rétroactivité pour les pensions déjà liquidées
- L'âge du taux plein automatique reste fixé à 67 ans
Sources officielles
- → Légifrance – Article 105 de la loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 de financement de la sécurité sociale pour 2026
- → Légifrance – Décret n° 2026-345 du 7 mai 2026 portant application de l'article 105
- → Légifrance – Décret n° 2026-344 du 7 mai 2026 (fonction publique et régimes spéciaux)
- → L'Assurance retraite – Carrière longue : quels changements avec la suspension de la réforme
- → Service-Public.fr – Âge de départ à la retraite d'un salarié du secteur privé
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