1. Impôt sur le revenu : les pensions sont imposables
Les pensions de retraite constituent des revenus imposables à déclarer dans la catégorie « pensions, retraites et rentes ». Elles sont soumises au barème progressif de l'impôt sur le revenu, avec cependant un abattement forfaitaire automatique de 10 % pour frais professionnels. Le prélèvement à la source s'applique depuis 2019 : la caisse de retraite prélève l'acompte mensuel sur chaque versement.
La pension brute inscrite sur votre avis d'imposition correspond à la pension versée avant déduction des prélèvements sociaux non déductibles (CRDS 0,5 % et CSG non déductible). C'est ce montant qui doit être déclaré, cases 1AS / 1BS selon le déclarant.
L'abattement de 10 % : fonctionnement et plafonds
L'abattement de 10 % sur les pensions simule la déduction des frais professionnels, appliqués automatiquement sur le montant des retraites déclarées. Il s'applique même si le retraité n'a aucun frais. En 2026 (pour les revenus de 2025) :
| Paramètre | Montant 2026 |
|---|---|
| Taux d'abattement | 10 % |
| Montant minimum par pensionné | 456 € |
| Plafond global par foyer fiscal | 4 123 € |
Exemple 2 : un couple de retraités déclare 50 000 € de pensions. Abattement global = 5 000 €, mais plafonné à 4 123 €. Revenu imposable pensions = 45 877 €.
La déduction des frais réels : quand est-ce pertinent ?
Si les frais réels dépassent l'abattement forfaitaire (peu fréquent pour un retraité), l'option pour les frais réels est possible. Elle s'applique à tous les membres du foyer fiscal, pas uniquement aux pensions. Les frais admissibles incluent les cotisations à une mutuelle obligatoire, certains frais de déplacement pour des soins, et les honoraires de gestion si justifiés. Cette option est à évaluer cas par cas avec un conseiller fiscal.
2. CSG, CRDS et CASA : les trois prélèvements sociaux
Les pensions de retraite sont soumises à trois prélèvements sociaux prélevés à la source par la caisse de retraite. Le taux applicable dépend du Revenu Fiscal de Référence (RFR) de l'avant-dernière année. Un changement de taux peut intervenir en cours d'année si le RFR évolue.
Tableau des taux applicables en 2026
| Situation (personne seule) | RFR annuel 2024 | CSG | CRDS | CASA | Total |
|---|---|---|---|---|---|
| Exonération totale | ≤ 11 885 € | 0 % | 0 % | 0 % | 0 % |
| Taux réduit | 11 886 à 15 988 € | 3,8 % | 0,5 % | 0,3 % | 4,6 % |
| Taux plein | > 15 988 € | 8,3 % | 0,5 % | 0,3 % | 9,1 % |
Les seuils ont été revalorisés de 1,8 % au 1er janvier 2026 par rapport à 2025. Les seuils pour un couple et pour 1,5 part sont majorés en proportion.
La déductibilité partielle de la CSG
La CSG sur les pensions n'est pas intégralement déductible de l'assiette de l'IR. Pour les retraités au taux plein (CSG 8,3 %), seule la fraction de 5,9 points est déductible du revenu imposable. Les 2,4 points restants ne sont pas déductibles. La CRDS (0,5 %) et la CASA (0,3 %) ne sont jamais déductibles. Pour les retraités au taux réduit (3,8 %), 2,4 points sur 3,8 sont déductibles.
L'effet de seuil et comment l'anticiper
Le changement de taux CSG peut surprendre. Un retraité dont le RFR dépasse de quelques euros le seuil d'exonération bascule au taux réduit (4,6 % de prélèvements en plus). Ce phénomène de seuil peut être partiellement anticipé en optimisant la déclaration des revenus imposables (déductions, dons, charges). Un changement de taux est notifié par la caisse de retraite en cours d'année dès que l'administration fiscale transmet les nouvelles données.
3. Fiscalité des pensions étrangères et des expatriés
Les retraités qui résident à l'étranger sont soumis à des règles fiscales spécifiques. Les pensions de source française versées à des non-résidents sont soumises à une retenue à la source libératoire dont le taux dépend de la convention fiscale signée entre la France et le pays de résidence. La France a signé environ 120 conventions fiscales bilatérales.
Certaines conventions (comme celle avec le Portugal ou avec le Maroc) prévoient une exonération des pensions françaises dans le pays de résidence — ce qui peut être très avantageux. D'autres conventions attribuent l'imposition exclusive à la France (ex : pensions versées par des caisses de droit public). La situation de chaque expatrié doit être analysée au regard de la convention applicable.
CSG et CRDS pour les non-résidents
Un retraité domicilié hors de France qui n'est affilié à aucun régime obligatoire d'un État membre de l'Espace Économique Européen (EEE) ou de la Suisse n'est pas soumis à la CSG et à la CRDS sur ses pensions françaises. En revanche, s'il est affilié à un régime de sécurité sociale d'un pays de l'EEE ou de la Suisse, les règles de coordination européenne s'appliquent.
4. Optimisation fiscale légale pour les retraités
La modulation du prélèvement à la source
Le taux de prélèvement à la source est calculé sur les revenus de N-2. En cas de baisse significative des revenus (décès du conjoint, cessation d'une activité complémentaire, vente d'un bien qui ne se reproduira pas), il est possible de demander une modulation à la baisse du taux sur impots.gouv.fr. La modulation prend effet dans les 1 à 3 mois. Une modulation erronée peut entraîner un complément lors du solde annuel.
Les dons aux associations : réduction d'impôt
Les dons à des associations reconnues d'utilité publique (articles 200 et 238 bis du CGI) permettent une réduction d'impôt de 66 % du montant du don, dans la limite de 20 % du revenu imposable. Pour les dons aux organismes aidant les personnes en difficulté (ex : Croix-Rouge, Restos du Cœur), le taux est de 75 % dans la limite de 1 000 €, puis 66 % au-delà. Cette mesure peut réduire significativement l'impôt d'un retraité imposable.
Les travaux d'accessibilité et le crédit d'impôt
Les travaux d'adaptation du logement à la perte d'autonomie (rampes d'accès, barres d'appui, douche à l'italienne…) bénéficient d'un crédit d'impôt de 25 % sous le dispositif MaPrimeAdapt'. Ce crédit s'applique sous condition de revenus et peut aller jusqu'à 10 000 € de travaux éligibles par an. Il est cumulable avec l'aide de l'ANAH.
La pension alimentaire versée à un enfant en difficulté
Si un retraité verse une pension alimentaire à un enfant majeur dans le besoin (chômage, maladie), ce versement est déductible du revenu imposable dans la limite de 6 674 € par enfant en 2026. L'enfant doit déclarer ce montant dans ses propres revenus. Cette déduction peut réduire l'assiette fiscale du retraité de manière significative.
5. Cas particuliers à connaître
Les rentes viagères et leur régime fiscal spécifique
Les rentes viagères issues d'un contrat d'assurance-vie (rentes à titre onéreux) bénéficient d'un régime fiscal favorable : seule une fraction de la rente est imposable, selon l'âge du bénéficiaire au moment de la conversion. Entre 60 et 69 ans, 40 % de la rente est imposable ; à partir de 70 ans, seulement 30 %. Ce régime est radicalement différent de celui des pensions de retraite ordinaires.
Le PER et la déductibilité des versements
Les versements effectués sur un Plan d'Épargne Retraite (PER) individuel sont déductibles du revenu imposable dans la limite du PASS (Plafond Annuel de la Sécurité Sociale). Un actif encore en activité peut ainsi réduire son imposition avant la retraite. À la sortie en rente, la fiscalité est identique à celle des pensions (barème IR après abattement 10 %). La sortie en capital, possible depuis la loi PACTE, est imposée selon un régime distinct.
- ↗ Impôts.gouv — Abattement 10 % sur les pensions et retraites
- ↗ Service-Public — CSG sur les pensions de retraite
- ↗ Légifrance — Article 158 CGI (imposition des pensions)
- ↗ Légifrance — Article L136-8 CSS (taux CSG retraités)
- ↗ Impôts.gouv — Prélèvements sociaux sur revenus de remplacement
- ↗ Service-Public — Imposition des pensions de retraite