Dossier Droits · Mis à jour le 26 avril 2026

Pension de réversion 2026 : conditions, montants et pièges à éviter

Guide complet : taux 54 % régime général, 60 % Agirc-Arrco, 50 % fonctionnaires. Plafond de ressources, condition d'âge, mariages multiples, PACS exclu. Tout ce que le conjoint survivant doit savoir.

Par Corinne Verdun·Édition : 26 avril 2026·15 min de lecture
Chiffres clés 2026 : Régime général — taux 54 %, âge 55 ans, plafond 24 710,40 €/an. Agirc-Arrco — taux 60 %, sans condition de ressources. Fonctionnaires — taux 50 %, sans conditions de ressources. Régimes spéciaux — variable selon le régime.

1. Qu'est-ce que la pension de réversion ?

La pension de réversion est une fraction de la retraite d'un assuré décédé reversée à son conjoint survivant. Elle ne constitue pas un droit propre de l'assuré mais une extension du droit de l'assuré décédé. En France, elle varie sensiblement selon le régime de retraite : le régime général (CNAV), les complémentaires (Agirc-Arrco), les régimes de la fonction publique, et les régimes spéciaux ont chacun leurs propres règles.

Chaque année, plus de 4,6 millions de personnes perçoivent une pension de réversion en France (DREES 2024), dont 88 % sont des femmes. Le montant moyen est de 650 €/mois au régime général, mais la réalité est très hétérogène selon la carrière du défunt.

2. Régime général (CNAV) : conditions détaillées

Qui peut percevoir la réversion au régime général ?

Pour ouvrir droit à la pension de réversion du régime général, le conjoint survivant doit remplir simultanément les conditions suivantes :

  • Avoir été marié avec le défunt (PACS et concubinage exclus, même de longue durée)
  • Avoir atteint l'âge de 55 ans
  • Ne pas dépasser le plafond de ressources annuel de 24 710,40 € (personne seule) ou 39 536,64 € (en couple)

Contrairement à une idée reçue, il n'existe pas de condition de durée de mariage au régime général. Un mariage contracté après le départ en retraite du défunt ouvre droit à réversion. En revanche, un remariage postérieur au décès supprime temporairement le droit à réversion tant que le second mariage dure — il est rétabli en cas de nouveau veuvage ou de divorce.

Le calcul du montant : taux et plafond

La pension de réversion est égale à 54 % de la retraite brute que le défunt percevait ou aurait pu percevoir. Ce calcul s'effectue sur la retraite de base CNAV uniquement, sans tenir compte des complémentaires. Le versement est soumis au respect du plafond de ressources ; si les ressources du bénéficiaire dépassent le plafond, la réversion est réduite ou suspendue proportionnellement.

Situation du bénéficiaire Plafond de ressources annuel 2026
Personne seule (sans conjoint)24 710,40 €
En couple (remariage ou vie maritale déclarée)39 536,64 €
Exemple concret : Martine, 62 ans, vient de perdre son mari. Celui-ci percevait 1 400 €/mois de retraite CNAV. La réversion = 54 % × 1 400 € = 756 €/mois. Martine perçoit 900 €/mois de sa propre retraite. Ses ressources totales seraient de 1 656 €/mois, soit 19 872 €/an — en dessous du plafond de 24 710 €. Elle perçoit la totalité des 756 €.

Mariages multiples : comment se partage la réversion ?

Si le défunt a été marié plusieurs fois, la pension de réversion est partagée entre tous les ex-conjoints éligibles proportionnellement à la durée de chaque mariage. Un ex-conjoint divorcé peut donc percevoir une fraction de réversion, à condition de ne pas être remarié et de respecter le plafond de ressources. Le conjoint survivant au moment du décès n'a pas de priorité absolue : la durée des unions détermine les parts.

3. Agirc-Arrco : règles plus favorables, sans condition de ressources

Conditions spécifiques Agirc-Arrco

La pension de réversion Agirc-Arrco est régie par des règles distinctes, généralement plus avantageuses :

  • Taux de réversion : 60 % des points Agirc-Arrco accumulés par le défunt
  • Aucune condition de ressources — principale différence avec le régime général
  • Condition d'âge : 55 ans (identique au régime général)
  • Maintien en cas de remariage si le conjoint a 55 ans ou plus au moment du second mariage
  • Partage entre ex-conjoints selon les durées de mariage, comme au régime général

En 2026, la valeur du point Agirc-Arrco est gelée à 1,4386 € jusqu'en octobre 2026 (circulaire 2025-15-DT). Le montant de la réversion Agirc-Arrco dépend donc directement du nombre de points accumulés par le défunt tout au long de sa carrière.

Exemple concret : Henri avait accumulé 850 points Agirc-Arrco. Sa pension complémentaire était de 850 × 1,4386 € = 1 222,81 €/mois. Sa femme Isabelle percevra 60 % de ce montant = 733,69 €/mois, sans condition de ressources.

4. Fonctionnaires et régimes spéciaux

Fonctionnaires civils (SRE) et territoriaux/hospitaliers (CNRACL)

Pour les fonctionnaires, la pension de réversion est versée par le Service des Retraites de l'État (SRE) pour les fonctionnaires civils et militaires de l'État, et par la CNRACL pour les agents territoriaux et hospitaliers. Principales caractéristiques :

  • Taux : 50 % de la pension du fonctionnaire décédé
  • Pas de condition de ressources
  • Pas de condition d'âge, sauf si le mariage est postérieur à la mise en retraite du fonctionnaire sans enfants communs (durée de mariage ≥ 2 ans requise)
  • Majoration de 10 % si le bénéficiaire a élevé au moins 3 enfants

Régimes spéciaux (SNCF, RATP, mines, marins…)

Chaque régime spécial a ses propres règles. En règle générale, les taux de réversion dans les régimes spéciaux sont compris entre 50 % et 60 %. Certains régimes comme celui des mines prévoient des conditions d'âge plus favorables. La vérification auprès de la caisse concernée est indispensable.

5. Les cinq pièges à éviter

Piège 1 : ne pas faire la demande

La pension de réversion n'est jamais versée automatiquement, quel que soit le régime. La demande doit être adressée à chaque caisse concernée (CNAV, Agirc-Arrco, SRE, CNRACL…). Le délai de traitement est en général de 2 à 4 mois. Les rappels (arrérages) sont versés à compter du premier jour du mois qui suit la demande pour la CNAV — il n'y a donc pas de rétroactivité infinie.

Piège 2 : confondre PACS, concubinage et mariage

Seul le mariage ouvre droit à la pension de réversion dans les régimes obligatoires. Un partenaire de PACS, même de vingt ans, n'a aucun droit à réversion. Un concubin, quelle que soit la durée de vie commune, n'a aucun droit. Cette règle s'applique sans exception au régime général, à l'Agirc-Arrco, aux régimes de fonctionnaires et aux régimes spéciaux.

Piège 3 : négliger l'effet plafond de ressources

Si les ressources dépassent le plafond de 24 710 €/an, la réversion régime général est réduite proportionnellement ou supprimée. Cependant, cette suspension est révisable : si les revenus diminuent (perte d'emploi, fin d'une activité), la réversion peut être rétablie à la demande. Il est conseillé de déposer la demande même en cas de revenus importants, car la situation peut évoluer.

Piège 4 : le remariage et ses conséquences

Un remariage après un premier veuvage suspend la pension de réversion du régime général et peut modifier les droits Agirc-Arrco. En cas de nouveau divorce ou de nouveau veuvage, les droits peuvent être rétablis. Les fonctionnaires conservent leurs droits à réversion même en cas de remariage.

Piège 5 : oublier l'ASPA complémentaire

Si la pension de réversion est très faible (défunt ayant peu cotisé), le conjoint survivant peut demander l'ASPA (Allocation de Solidarité aux Personnes Âgées) pour compléter ses revenus jusqu'à 1 043,59 €/mois. L'ASPA est récupérable sur succession si l'actif net dépasse 100 000 €, mais constitue une aide précieuse pour les retraités aux pensions modestes.

6. Comment faire la demande ?

La demande de pension de réversion doit être faite auprès de chaque caisse de retraite séparément. Pour le régime général, la demande s'effectue sur lassuranceretraite.fr ou par courrier auprès de la CARSAT régionale. Pour Agirc-Arrco, la demande se fait en ligne sur agirc-arrco.fr. Pour les fonctionnaires, une demande doit être adressée au SRE ou à la CNRACL. Les pièces nécessaires incluent l'acte de décès, l'acte de mariage, et les relevés de ressources.

Sources officielles