Réformes

On les confond en permanence, et pourtant tout les oppose : la retraite progressive fait travailler moins avant d'avoir liquidé, le cumul emploi-retraite fait travailler après. Et le second change de règles au 1er janvier 2027.

TL Rédaction Droits Retraite| Publié le 10 septembre 2026 | 6 min de lecture Retraite progressive et cumul emploi-retraite : deux dispositifs distincts

Les deux dispositifs permettent de mener de front une activité et une pension. C'est à peu près tout ce qu'ils ont en commun. L'un s'adresse à ceux qui n'ont pas encore liquidé leur retraite et veulent lever le pied ; l'autre à ceux qui l'ont déjà liquidée et reprennent une activité. Les conditions d'âge, l'accord de l'employeur, le calcul de la pension et les droits acquis n'ont rien à voir.

Ce qui sépare les deux dispositifs

  Retraite progressive Cumul emploi-retraite
La pension est Liquidée partiellement, à titre provisoire Liquidée définitivement
Âge d'accès 60 ans Âge légal, ou 67 ans
Durée exigée 150 trimestres Le taux plein, pour le cumul intégral
L'activité Temps partiel imposé, entre 40 et 80 % Libre, y compris à temps plein
Accord de l'employeur Nécessaire Non requis
Nouveaux droits Oui, intégrés au recalcul définitif Oui, mais plafonnés

La retraite progressive en trois lignes

Elle est ouverte à 60 ans pour toutes les générations depuis le 1er septembre 2025, sous condition de 150 trimestres validés tous régimes confondus. L'assuré passe à temps partiel, entre 40 et 80 % d'un temps plein, et perçoit une fraction de pension égale au complément de la quotité travaillée : à 60 % de temps de travail, 40 % de la pension. Les trimestres cotisés pendant cette période entrent dans le calcul définitif au moment du départ complet.

Le cumul emploi-retraite : intégral ou plafonné

Le cumul est intégral, c'est-à-dire sans limite de revenus, à deux conditions cumulatives : avoir liquidé sa pension de base à taux plein — par la durée entre l'âge légal et 67 ans, ou automatiquement à 67 ans — et avoir liquidé toutes ses pensions, de base et complémentaires, françaises et étrangères. Cette seconde condition est celle qu'on oublie le plus souvent.

À défaut, le cumul est plafonné. Le total des revenus d'activité et des pensions ne doit pas dépasser le plus élevé de ces deux montants : le dernier salaire brut avant le départ, ou 160 % du Smic. Le dépassement entraîne une réduction de la pension de base à due concurrence.

Le plafond 2026, et pourquoi il n'a pas bougé en juin

Le plafond se calcule sur le Smic au 1er janvier de l'année, sur une base de 1 820 heures annuelles. Pour 2026, cela donne 2 916,85 € brut par mois. La revalorisation du Smic au 1er juin 2026, qui l'a porté à 12,31 € de l'heure, ne modifie pas ce plafond : il restera inchangé jusqu'au 1er janvier 2027. C'est une source d'erreur fréquente.

Dernière règle à connaître : en cumul plafonné, reprendre une activité chez son dernier employeur suppose d'attendre six mois après le départ en retraite. Passer chez un autre employeur est possible immédiatement.

La seconde pension : réelle, mais modeste

C'est l'apport de la réforme de 2023, et il est régulièrement mal daté : les cotisations versées pendant un cumul intégral créent de nouveaux droits pour les pensions prenant effet à compter du 1er janvier 2023. Ni 2026, ni aucune autre date.

Cette seconde pension se calcule au taux de 50 %, sans surcote ni majorations. Elle suppose de cesser l'activité, et elle n'est pas automatique : il faut la demander. Surtout, elle est plafonnée à 2 403 € brut par an, soit 5 % du plafond annuel de la sécurité sociale — environ 200 € par mois. Une seule seconde pension peut être servie par régime de base.

Ce qui change au 1er janvier 2027

L'article 102 de la loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 de financement de la sécurité sociale pour 2026 — le même texte dont l'article 105 suspend la réforme des retraites — réforme le cumul emploi-retraite pour les pensions prenant effet à compter du 1er janvier 2027.

Le principe : entre l'âge légal et 67 ans, le cumul intégral disparaît. Un abattement de 50 % s'appliquerait à la pension au-delà d'un seuil de revenus d'activité fixé par décret, seuil annoncé autour de 7 000 € par an. Après 67 ans, le cumul resterait libre. La mesure vise, selon l'exposé des motifs, à limiter l'attractivité d'un dispositif dont la Cour des comptes avait souligné le coût dans son rapport de mai 2025.

Ce qui n'est pas encore arrêté

Le seuil de 7 000 € relève d'un décret d'application qui n'est pas paru à la date de publication de cet article. Le montant, comme les modalités exactes du calcul, peut donc encore évoluer. Ce qui est acquis, c'est le principe et la date d'entrée en vigueur. Une personne dont le départ est prévu fin 2026 ou début 2027 a intérêt à regarder cette échéance de près : les pensions prenant effet avant le 1er janvier 2027 restent sous le régime actuel.

Une confusion à écarter

On lit parfois qu'une loi de février 2026 aurait harmonisé les règles de la retraite progressive et du cumul emploi-retraite. Aucun texte de ce type n'existe. Les assouplissements de la retraite progressive procèdent de la réforme de 2023, appliqués au 1er septembre 2025 ; la création de droits en cumul emploi-retraite date de la même réforme, pour les pensions prenant effet à compter du 1er janvier 2023 ; et la seule évolution à venir est celle de l'article 102 de la loi du 30 décembre 2025, au 1er janvier 2027.

À retenir Sources officielles