Le rachat de trimestres est une décision financière lourde, et souvent mal évaluée. Deux options existent, dont une seule ajoute des trimestres. Aucune des deux n'augmente le salaire annuel moyen, contrairement à ce qu'on lit souvent. Et l'amortissement se compte en années, pas en mois.
Les deux options, et ce qu'elles font vraiment
Le versement pour la retraite, prévu à l'article L. 351-14-1 du code de la sécurité sociale, se décline en deux options. Le choix s'exprime dans la demande et il est irrévocable.
| Option | Atténue la décote | Ajoute des trimestres | Modifie le salaire annuel moyen |
|---|---|---|---|
| Taux seul | Oui | Non | Non |
| Taux et durée d'assurance | Oui | Oui | Non |
Aucun rachat n'augmente le salaire annuel moyen. L'article R. 351-29 du code de la sécurité sociale va même plus loin : il exclut du calcul toute année comprenant une période rachetée. Racheter un trimestre sur une année incomplète retire donc cette année entière de l'assiette des 25 meilleures. C'est le plus souvent favorable, puisqu'il s'agit d'une année à faible revenu, mais ce n'est pas automatique.
Ce qui peut être racheté
- Les années d'études supérieures ayant donné lieu à un diplôme, à condition que le régime général ait été le premier régime d'affiliation après ces études
- Les années civiles validées par moins de quatre trimestres
- Dans la limite de douze trimestres sur toute la carrière, tous motifs confondus
- Entre 20 et 66 ans révolus, et avant liquidation de la pension
- Sans jamais porter à plus de quatre le nombre de trimestres retenus au titre d'une même année
Un tarif réduit s'applique aux rachats d'années d'études demandés au plus tard le 31 décembre de l'année du 40e anniversaire, dans la limite de quatre trimestres : l'abattement est de 670 € par trimestre en option taux seul, 1 000 € en option taux et durée.
Combien coûte un trimestre en 2026
Le barème répond à une logique de neutralité actuarielle : le versement couvre le coût du droit acquis. Il dépend de l'option, de l'âge à la demande, et de la moyenne des revenus d'activité des trois dernières années, non limitée au plafond de la sécurité sociale. Trois tranches, calées sur le plafond annuel 2026 de 48 060 € : moins de 36 045 €, entre 36 045 et 48 060 €, plus de 48 060 €.
| Coût d'un trimestre | À 20 ans | À 62 ans |
|---|---|---|
| Revenus < 36 045 €, taux seul | 1 055 € | 3 383 € |
| Revenus < 36 045 €, taux et durée | 1 564 € | 5 013 € |
| Revenus > 48 060 €, taux seul | 1 407 € | 4 510 € |
| Revenus > 48 060 €, taux et durée | 2 085 € | 6 684 € |
Le coût triple entre 20 et 62 ans. Au-delà de 62 ans, on applique le barème de 62 ans diminué de 2,5 % par année révolue. Deux conséquences pratiques : plus on attend, plus on paie ; et comme l'assiette est celle des trois dernières années, celui dont les revenus varient a intérêt à choisir son année de dépôt.
Le rendement réel : un exemple chiffré
Le gain d'un rachat vient de deux effets : la décote évitée, de 1,25 % par trimestre manquant, soit 0,625 point de taux, et le coefficient de proratisation ramené à son maximum. Voici ce que cela donne sur un cas concret.
Claire, née en mai 1965Elle atteint son âge légal à 63 ans, avec une durée requise de 171 trimestres. Elle en a 167 et ne souhaite pas prolonger. Son salaire annuel moyen est de 2 400 € par mois, ses revenus des trois dernières années la placent dans la première tranche du barème.
Sans rachat : quatre trimestres manquants, soit 2,5 points de décote. Taux 47,5 %, proratisation 167/171.
2 400 × 47,5 % × 167/171 = 1 113 € brut par mois.
Avec rachat de quatre trimestres, option taux et durée. Taux 50 %, proratisation complète.
2 400 × 50 % = 1 200 € brut par mois.
Gain : 87 € par mois, soit environ 1 044 € par an.
Coût : le barème de 62 ans réduit de 2,5 %, soit environ 4 888 € le trimestre, 19 550 € pour quatre.
Amortissement brut : près de dix-neuf ans. Après déduction fiscale à 30 %, le coût net tombe à environ 13 700 € et l'amortissement à treize ans.
Un élément joue en faveur du rachat et n'apparaît pas dans ce calcul : atteindre le taux plein au régime de base supprime aussi le coefficient de minoration appliqué à la retraite complémentaire Agirc-Arrco. Le gain réel est donc supérieur, sans qu'on puisse le chiffrer sans connaître le nombre de points acquis. Seule une simulation personnalisée, sur info-retraite.fr ou auprès de la caisse, donne une réponse fiable.
Ce que l'exemple montre surtout, c'est l'ordre de grandeur : un rachat tardif s'amortit sur une durée qui dépasse souvent l'espérance de vie moyenne à la liquidation. Racheter tôt change complètement l'équation, puisque le coût du trimestre est trois fois plus faible à 20 ans qu'à 62.
La déductibilité fiscale
Les sommes versées sont intégralement déductibles du revenu imposable, sans plafond spécifique ni condition d'âge : article 83, 1° a du code général des impôts pour les salariés, article 154 bis, I pour les indépendants relevant des BIC ou des BNC. L'économie d'impôt est donc proportionnelle à la tranche marginale : elle rend le rachat nettement plus intéressant à 41 % qu'à 11 %.
Deux confusions à écarter. L'article 163 quatervicies du CGI, parfois cité, vise l'épargne retraite et non le rachat. Et la suppression de déductibilité au-delà de 70 ans introduite par la loi de finances pour 2026 concerne les versements sur un plan d'épargne retraite, pas le versement pour la retraite.
Carrière longue : l'angle mort
L'article L. 173-7 du code de la sécurité sociale écarte les versements pour la retraite du décompte des trimestres cotisés retenus pour l'ouverture du droit au départ anticipé pour carrière longue. On peut donc racheter douze trimestres sans avancer sa date de départ anticipé d'un seul jour. Deux exceptions : le rachat des années d'apprentissage prévu au IV de l'article L. 351-14-1, et les versements dont la demande a été déposée avant le 13 octobre 2008.
Comment payer
Au-delà d'un trimestre, le paiement peut être échelonné en mensualités d'égal montant : sur un ou trois ans pour deux à huit trimestres, sur un, trois ou cinq ans à partir de neuf trimestres. Les échéances postérieures au onzième mois sont majorées de l'évolution prévisionnelle des prix. L'option de paiement doit figurer dans la demande, à peine d'irrecevabilité.
À retenir- Deux options, dont une seule ajoute des trimestres ; le choix est irrévocable
- Aucune n'augmente le salaire annuel moyen : l'année rachetée en est même exclue
- 12 trimestres maximum, entre 20 et 66 ans révolus
- De 1 055 € à 6 684 € le trimestre selon l'âge, les revenus et l'option
- Déduction fiscale totale, sans plafond ni condition d'âge
- Le rachat ne compte pas pour l'ouverture du droit à la carrière longue
- L'amortissement d'un rachat tardif se compte en années, souvent plus de dix
- → Légifrance – Article L. 351-14-1 du code de la sécurité sociale
- → Légifrance – Article D. 351-7 (les deux options et leurs effets)
- → Légifrance – Article R. 351-29 (exclusion de l'année rachetée du salaire annuel moyen)
- → Légifrance – Article D. 351-8 (construction du barème)
- → Légifrance – Article L. 173-7 (exclusion du décompte carrière longue)
- → Circulaire Cnav n° 2026-04 du 5 février 2026 – coût du versement au 1er janvier 2026
- → Service-Public.fr – Rachat de trimestres de retraite