Aidants familiaux : ce que disent les règles 2026 sur l'AVA, la MDA et la carrière longue
Entre 8 et 11 millions de personnes en France accompagnent un proche malade, handicapé ou en perte d'autonomie. La réforme des retraites de 2023 a créé un dispositif dédié — l'assurance vieillesse des aidants — qui s'ajoute à la majoration de durée d'assurance et à l'allocation journalière. Tour d'horizon des règles applicables en 2026.
Un salarié sur cinq sera aidant familial d'ici à 2030, selon les projections de la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie. Cette montée en charge, conjuguée au vieillissement de la population, a conduit le législateur à réviser la prise en compte des périodes d'aidance dans le calcul de la retraite. Depuis le 1er septembre 2023, trois dispositifs distincts coexistent et se cumulent partiellement : l'assurance vieillesse des aidants (AVA), la majoration de durée d'assurance (MDA) aidants et l'allocation journalière du proche aidant (AJPA). Mode d'emploi.
L'AVA : un nouveau régime depuis septembre 2023
L'assurance vieillesse des aidants a été créée par l'article 25 de la loi n° 2023-270 du 14 avril 2023 de financement rectificative de la sécurité sociale — le texte qui a porté l'âge légal de départ à 64 ans. Ses modalités d'application ont été précisées par le décret n° 2023-752 du 10 août 2023, puis par la circulaire CNAV n° 2024-28 du 14 octobre 2024. Le dispositif est codifié à l'article L. 381-2 du Code de la sécurité sociale.
Concrètement, l'AVA permet à l'aidant qui cesse ou réduit son activité professionnelle de valider gratuitement des trimestres pleins de retraite de base. Les cotisations sont prises en charge par la Caisse d'allocations familiales (ou la MSA pour le régime agricole), elle-même remboursée par la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie. L'aidant n'a aucune cotisation à verser personnellement.
Une rupture majeure avec l'ancienne AVPF
L'AVA remplace partiellement l'assurance vieillesse des parents au foyer (AVPF), qui couvrait jusqu'alors les aidants familiaux. Trois assouplissements introduits au 1er septembre 2023 méritent l'attention :
- Suppression de la condition de cohabitation : l'aidant n'est plus tenu de résider sous le même toit que la personne aidée.
- Suppression de la condition de lien familial : un tiers qui entretient des liens « étroits et stables » avec la personne aidée — voisin, ami proche — peut désormais bénéficier du dispositif.
- Extension aux situations partielles : les aidants d'une personne hébergée à temps partiel dans un établissement médico-social sont éligibles, ce qui n'était pas le cas auparavant.
La nouvelle architecture est plus lisible : l'AVPF est désormais recentrée sur les parents de jeunes enfants et les familles nombreuses percevant certaines prestations familiales, tandis que l'AVA prend en charge les situations de handicap et de perte d'autonomie, quel que soit le lien avec l'aidé.
Les conditions pour la personne aidée
L'affiliation à l'AVA suppose que la personne accompagnée présente l'une des situations suivantes : un taux d'incapacité permanente d'au moins 80 % reconnu par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH), ou une perte d'autonomie classée en GIR 1, 2, 3 ou 4 selon la grille AGGIR. Les enfants de moins de 20 ans bénéficiant d'un complément d'allocation d'éducation de l'enfant handicapé (AEEH) ouvrent également droit à l'AVA pour leurs parents.
L'AJPA en 2026 : 66,64 € par jour, dans la limite de 66 jours par an
L'allocation journalière du proche aidant complète l'AVA en compensant partiellement la perte de revenus liée à la réduction ou à la suspension d'activité. Au 1er janvier 2026, son montant est fixé à 66,64 € pour une journée complète et 33,32 € pour une demi-journée, selon le montant publié par le portail officiel pour-les-personnes-agees.gouv.fr. Le calcul est indexé sur le SMIC journalier.
Les plafonds ont été revus au 1er janvier 2025 : un aidant peut désormais accompagner jusqu'à quatre proches successivement, dans la limite de 66 jours par an pour un même proche et 264 jours sur l'ensemble de la carrière professionnelle. Pour un mois complet de 22 jours indemnisables, le montant brut atteint environ 1 466 € — mais cette projection reste théorique compte tenu du plafond annuel.
Trois précisions importantes pour 2026 :
- Une condition de résidence stable est introduite à compter du 1er janvier 2026 : le bénéficiaire doit résider en France au moins neuf mois par année civile, soit ne pas dépasser 92 jours d'absence cumulés.
- L'AJPA est imposable au titre de l'impôt sur le revenu et doit être déclarée.
- Les jours indemnisés par l'AJPA suspendent le versement éventuel des allocations chômage (ARE, ASS), à déclarer à France Travail.
La MDA aidants : un trimestre tous les 30 mois, plafonné à 8
Dispositif plus ancien, la majoration de durée d'assurance pour les aidants familiaux a été instaurée par la loi du 20 janvier 2014 garantissant l'avenir et la justice du système de retraites — dite « loi Touraine ». Elle accorde un trimestre supplémentaire de durée d'assurance par période de 30 mois d'aide effective, dans la limite de huit trimestres, soit deux années cumulées.
Cette MDA est cumulable avec l'affiliation à l'AVA : l'aidant peut donc valider à la fois des trimestres au titre de l'AVA (sur les périodes d'inactivité ou de temps partiel) et bénéficier de la majoration au titre de la MDA (sur la durée d'aide effective). Elle est attribuée à condition que la personne aidée présente une incapacité permanente d'au moins 80 % et que l'aidant en assume la charge effective, sans nécessité d'arrêt complet d'activité.
Articulation avec la durée d'assurance et la surcote
Selon la circulaire CNAV 2024-28, les trimestres validés au titre de l'AVA et de l'AVPF sont retenus pour atteindre la durée d'assurance requise pour le taux plein (172 trimestres pour les générations 1965 et suivantes, sous réserve de la suspension de la réforme par la LFSS 2026). En revanche, ils ne sont pas réputés cotisés au sens de la surcote : ils n'ouvrent donc pas droit à la majoration de 1,25 % par trimestre cotisé après l'âge légal.
Carrière longue : jusqu'à quatre trimestres AVA admis
Le dispositif de retraite anticipée pour carrière longue permet de partir avant l'âge légal lorsque l'assuré justifie d'un nombre déterminé de trimestres cotisés. Depuis la réforme de 2023, la prise en compte des périodes assimilées est strictement plafonnée. Pour l'AVA, le plafond admis dans la durée cotisée carrière longue est de quatre trimestres, comme pour les périodes de maternité ou de service national.
Cette limite signifie qu'un aidant ayant validé huit trimestres AVA n'en utilisera que quatre pour le calcul de son éligibilité à la carrière longue. Les quatre autres alimenteront uniquement la durée totale d'assurance pour le taux plein. Pour les aidants ayant commencé à travailler avant 20 ans, cette articulation peut faire la différence entre un départ à 60 ans et un départ à 62 ans : un point que toute simulation préalable doit intégrer.
Femmes, parents et MDA enfants : les autres briques
Les aidantes — qui représentent statistiquement la majorité des proches aidants — peuvent cumuler les dispositifs précédents avec les majorations classiques liées aux enfants : quatre trimestres au titre de la maternité ou de l'adoption et quatre trimestres au titre de l'éducation, soit huit trimestres par enfant pour la mère. Pour les parents séparés, ces trimestres d'éducation peuvent être partagés. Les périodes d'AVPF antérieures au 1er septembre 2023 restent acquises et apparaissent sur le relevé de carrière distinctement des nouveaux trimestres AVA.
Démarches : où faire la demande
L'affiliation à l'AVA n'est pas automatique dans tous les cas. Trois situations se distinguent :
- Affiliation automatique pour les aidants déjà bénéficiaires de certaines prestations (allocation d'éducation de l'enfant handicapé avec complément, prestation de compensation du handicap aidant familial) : la CAF ou la MSA reporte directement les trimestres au compte vieillesse de la CNAV.
- Demande à effectuer auprès de la MDPH pour les aidants d'un enfant ou adulte handicapé non déjà bénéficiaire d'une prestation déclenchante. Le formulaire Cerfa 15692*01 comporte une case dédiée à cocher.
- Demande à effectuer auprès de la CAF ou de la MSA pour les aidants relevant de l'AJPA ou du congé de proche aidant, qui ouvrent automatiquement droit à l'AVA.
Pour la MDA aidants, la demande se fait au moment de la liquidation de la retraite auprès de la caisse compétente (CNAV-Carsat, MSA ou régime spécial), en produisant les justificatifs d'incapacité de la personne aidée et la preuve de la charge effective sur la période concernée.
Trois erreurs fréquentes à éviter
L'expérience des dossiers traités fait ressortir trois points d'attention systématiques. Premièrement, vérifier son relevé de situation individuelle tous les deux à trois ans : les trimestres AVPF ou AVA peuvent être oubliés par la caisse versante si la prestation déclenchante n'a pas été correctement transmise à la CNAV. La régularisation reste possible jusqu'à dix ans en arrière sur production des justificatifs.
Deuxièmement, ne pas confondre AJPA et AVA : la première compense le revenu sur 66 jours par an, la seconde valide des trimestres de retraite. Il est possible de bénéficier des deux simultanément, mais les démarches sont distinctes.
Troisièmement, anticiper l'impact fiscal. Si l'AJPA est imposable, l'AVA ne génère pas de revenu imposable mais peut, à la liquidation, modifier la pension de plusieurs dizaines d'euros par mois. Un point souvent négligé dans les simulations rapides faites en ligne, qui ne prennent pas toujours en compte les trimestres AVPF/AVA antérieurs.
- AVA : depuis le 1er septembre 2023, validation gratuite de trimestres pour les aidants, sans condition de cohabitation ni de lien familial.
- AJPA en 2026 : 66,64 € par jour (33,32 € par demi-journée), dans la limite de 66 jours/an et 264 jours sur carrière.
- MDA aidants : un trimestre par période de 30 mois d'aide effective, plafond de huit trimestres (loi du 20 janvier 2014).
- Carrière longue : quatre trimestres AVA maximum admis dans la durée cotisée.
- Nouveauté 2026 : condition de résidence stable en France (9 mois/an) pour bénéficier de l'AJPA.
- ↗ Circulaire CNAV n° 2024-28 du 14 octobre 2024 — modalités d'affiliation à l'AVA (PDF)
- ↗ Légifrance — Loi n° 2023-270 du 14 avril 2023 (article 25, création de l'AVA)
- ↗ Légifrance — Décret n° 2023-752 du 10 août 2023 (modalités d'application AVA)
- ↗ Portail des personnes âgées — Montant AJPA 2026 (66,64 € / jour)
- ↗ CNSA — Assurance vieillesse des aidants (AVA)
- ↗ Mon Parcours Handicap — Conditions d'affiliation à l'AVA
- ↗ MSA — Allocation journalière du proche aidant : conditions 2026
- ↗ France Travail — Cumul AJPA et allocations chômage
Corinne Verdun est spécialiste des questions de retraite en France. Elle analyse les réformes et leurs impacts concrets pour les assurés.