Depuis le 1er septembre 2026, la suspension de la réforme des retraites de 2023 s'applique effectivement. L'article 105 de la loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 de financement de la sécurité sociale pour 2026 gèle le relèvement de l'âge légal et de la durée d'assurance pour les générations 1964 à 1968. Trois décrets du 7 mai 2026 en fixent les modalités. Voici, génération par génération, ce qui change réellement.

Ce que la suspension change exactement

La réforme de 2023 portait l'âge légal à 64 ans dès la génération 1968. La suspension décale ce calendrier d'un cran : l'âge de 64 ans n'est plus atteint qu'à partir de la génération 1969. Surtout, contrairement à ce qui a longtemps été écrit, la mesure ne touche pas que l'âge : la durée d'assurance requise est elle aussi abaissée pour les générations 1964 et 1965.

La suspension n'annule pas la réforme de 2023 : elle en suspend la montée en charge jusqu'au 1er janvier 2028. À cette date, le calendrier initial reprend son cours pour les générations suivantes.

Âge légal et durée d'assurance, génération par génération

Année de naissance Âge légal Trimestres requis Ce que prévoyait la réforme 2023
1962 62 ans 6 mois 169 Inchangé
1963 62 ans 9 mois 170 Inchangé
1964 62 ans 9 mois 170 63 ans – 171 trimestres
01/01/1965 – 31/03/1965 62 ans 9 mois 170 63 ans 3 mois – 172 trimestres
01/04/1965 – 31/12/1965 63 ans 171 63 ans 3 mois – 172 trimestres
1966 63 ans 3 mois 172 63 ans 6 mois
1967 63 ans 6 mois 172 63 ans 9 mois
1968 63 ans 9 mois 172 64 ans
À compter de 1969 64 ans 172 64 ans

L'âge du taux plein automatique, lui, ne bouge pas : il reste fixé à 67 ans pour toutes les générations, quelle que soit la durée cotisée.

Les grands gagnants : la génération janvier-mars 1965

Le cumul des deux effets – âge et trimestres – se concentre sur les assurés nés entre le 1er janvier et le 31 mars 1965 : ils gagnent six mois d'âge légal et deux trimestres de durée requise par rapport à ce que prévoyait la réforme de 2023. La génération 1964 gagne trois mois et un trimestre. À l'autre bout, la génération 1968 ne gagne que trois mois d'âge, sans réduction de durée.

Carrières longues : des bornes avancées de quelques mois

Le décret n° 2026-345 du 7 mai 2026 recalibre le dispositif carrière longue. Pour un début d'activité avant 20 ans, les bornes applicables aux départs prenant effet à compter du 1er septembre 2026 sont les suivantes.

Année de naissance Âge de départ possible Trimestres requis
1964 60 ans 6 mois 170
1965 60 ans 9 mois 170 à 171 selon le trimestre de naissance
1966 60 ans 9 mois 172
1967 61 ans 172
1968 61 ans 3 mois 172
1969 61 ans 6 mois 172
1970 61 ans 9 mois 172

Nouveauté importante : depuis le 1er septembre 2026, jusqu'à deux trimestres réputés cotisés au titre de la maternité ou de l'éducation d'un enfant sont pris en compte pour l'ouverture du droit à la carrière longue. Ces trimestres en étaient jusqu'ici exclus, ce qui écartait de nombreuses mères du dispositif malgré une entrée précoce dans la vie active.

Mères de famille : 24 ou 23 meilleures années, mais un démarrage raté

Autre mesure entrée en vigueur le 1er septembre 2026 : le salaire annuel moyen des assurées ayant eu des enfants n'est plus calculé sur les 25 meilleures années, mais sur les 24 meilleures années pour un enfant et les 23 meilleures années à partir de deux enfants. Le principe est simple : retirer du calcul les années les plus faibles, souvent celles des interruptions de carrière.

Le point de vigilance

Le décret d'application n'a été publié que le 31 juillet 2026, trop tard pour que les systèmes informatiques des Carsat soient prêts. Résultat : les assurées parties au 1er septembre 2026 ont vu leur pension liquidée selon l'ancienne règle des 25 années. L'Assurance retraite annonce une mise à jour de ses outils et un recalcul automatique, sans avoir communiqué de calendrier précis. Si vous êtes concernée, conservez votre notification de pension et vérifiez le montant après régularisation.

Qui n'est pas concerné

La suspension ne change rien pour les assurés nés avant 1964, dont l'âge légal était déjà inférieur à 64 ans. Elle ne change rien non plus pour ceux nés à partir de 1969, qui restent soumis à 64 ans et 172 trimestres. Enfin, elle ne touche ni la méthode de calcul de la pension, ni les autres volets de la réforme de 2023, notamment les règles du cumul emploi-retraite.

Jusqu'à quand ?

La suspension court jusqu'au 1er janvier 2028. Au-delà, en l'état du droit, le calendrier de la réforme de 2023 reprend. Les débats du projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2027, à l'automne 2026, diront si cette échéance est confirmée, prolongée ou remise en cause.

À retenir Sources officielles