Retraite par statut

Un travailleur indépendant dispose de deux rachats distincts, et le choix entre les deux change tout : l'un compte pour la carrière longue et entre dans le revenu annuel moyen, l'autre non. La déductibilité fiscale, elle, est totale dans les deux cas.

CV Corinne Verdun Rédactrice en chef · Experte retraite | Publié le 10 septembre 2026 8 min de lecture

Rachat de trimestres : versement pour la retraite et rachat Madelin, ce qui les distingue pour un indépendant

Illustration : épargne et stratégie de départ en retraite pour les travailleurs indépendants.

Racheter des trimestres paraît simple : on paie, on gagne des trimestres. En réalité, deux dispositifs coexistent pour les indépendants, ils n'ont pas les mêmes effets, et l'un des deux est régulièrement présenté avec des propriétés qu'il n'a pas.

Deux dispositifs à ne pas confondre

  Versement pour la retraite Rachat « Madelin »
Périodes visées Études supérieures, années incomplètes Les 6 dernières années régularisées
Plafond 12 trimestres sur la carrière Tous les trimestres manquants de l'année
Carrière longue Non retenu Retenu comme cotisé
Revenu annuel moyen L'année rachetée est exclue Les revenus sont pris en compte
Retraite complémentaire Sans effet Réduit ou supprime la minoration
Conditions d'accès 20 à 66 ans, pension non liquidée Être à jour de toutes ses cotisations
Déduction fiscale Totale Totale

Le rachat Madelin est ouvert aux artisans, commerçants et libéraux non réglementés, en activité ou radiés depuis moins de douze mois, à jour de leurs cotisations de base et complémentaires. Il est fermé aux conjoints collaborateurs. Pour un indépendant qui vise un départ anticipé, c'est souvent le seul des deux qui serve à quelque chose.

Le versement pour la retraite : ce qu'il permet vraiment

Le versement pour la retraite, prévu à l'article L. 351-14-1 du code de la sécurité sociale, porte sur les années d'études supérieures ayant donné lieu à un diplôme et sur les années validées par moins de quatre trimestres. Le plafond est de douze trimestres sur toute la carrière, la demande se dépose entre 20 et 66 ans révolus, et la pension ne doit pas être déjà liquidée.

Deux options existent, et le choix est irrévocable. L'option « taux seul » atténue la décote sans ajouter de trimestres à la durée d'assurance. L'option « taux et durée d'assurance » agit sur les deux. C'est tout. Aucune des deux ne touche au montant du salaire ou du revenu annuel moyen.

L'erreur la plus répandue

On lit souvent que l'option « taux et durée » augmenterait le salaire annuel moyen. C'est l'inverse. L'article R. 351-29 du code de la sécurité sociale exclut du calcul du revenu annuel moyen toute année comprenant une période rachetée. Racheter un trimestre sur une année incomplète retire donc cette année entière de l'assiette des 25 meilleures. C'est en général neutre ou favorable, puisqu'il s'agit d'une année à faible revenu — mais pas systématiquement, et cela se vérifie avant de signer.

Ce que coûte un trimestre en 2026

Le barème obéit à une logique de neutralité actuarielle : le versement doit couvrir le coût du droit acquis. Trois paramètres le déterminent — l'option choisie, l'âge à la date de la demande, et la moyenne des revenus d'activité des trois dernières années, non limitée au plafond de la sécurité sociale. Trois tranches en découlent, calées sur le plafond annuel 2026 de 48 060 € : en dessous de 36 045 €, entre 36 045 et 48 060 €, au-dessus de 48 060 €.

Coût d'un trimestre À 20 ans À 62 ans
Revenus < 36 045 €, taux seul 1 055 € 3 383 €
Revenus < 36 045 €, taux et durée 1 564 € 5 013 €
Revenus > 48 060 €, taux seul 1 407 € 4 510 €
Revenus > 48 060 €, taux et durée 2 085 € 6 684 €

Deux enseignements pratiques. Le coût est multiplié par trois entre 20 et 62 ans : plus on attend, plus on paie. Et l'assiette étant celle des trois dernières années, un indépendant dont les revenus varient a intérêt à choisir son année de dépôt. Les demandes déposées entre le 1er juillet d'une année et le 30 juin suivante retiennent les trois années civiles précédentes.

Un tarif réduit existe pour les rachats d'années d'études déposés au plus tard le 31 décembre de l'année des 40 ans, dans la limite de quatre trimestres : l'abattement est de 670 € par trimestre en option taux seul, 1 000 € en option taux et durée.

La fiscalité : déductible en totalité

Les sommes versées sont intégralement déductibles, sans plafond spécifique et sans condition d'âge. Pour un indépendant relevant des BIC ou des BNC, le fondement est l'article 154 bis, I du code général des impôts, qui vise expressément les cotisations versées en exercice des facultés de rachat des articles L. 351-14-1, L. 643-2, L. 652-7 et L. 663-3 du code de la sécurité sociale. Pour un salarié, c'est l'article 83, 1° a. Ni l'un ni l'autre ne comporte de plafond propre ni de seuil d'âge.

Ne pas confondre avec le PER

Une mesure d'âge existe bien depuis 2026, mais elle ne concerne pas le rachat de trimestres : l'article 9 de la loi de finances pour 2026 supprime la déductibilité des versements effectués sur un plan d'épargne retraite lorsque le titulaire a 70 ans ou plus. Le champ est circonscrit au PER, comme le confirme le BOFiP. Le versement pour la retraite reste déductible sans limite d'âge. De même, l'article 163 quatervicies du CGI, parfois cité à l'appui, vise l'épargne retraite et non le rachat.

Le piège de la carrière longue

C'est le point de vigilance décisif, et il fait perdre de l'argent à ceux qui l'ignorent. L'article L. 173-7 du code de la sécurité sociale écarte les versements pour la retraite du décompte des trimestres cotisés retenus pour l'ouverture du droit au départ anticipé pour carrière longue. Autrement dit : on peut racheter douze trimestres et ne pas avancer d'un jour sa date de départ anticipé.

Deux exceptions méritent d'être connues. Le rachat des années d'apprentissage prévu au IV de l'article L. 351-14-1, pour les contrats conclus entre juillet 1972 et décembre 2013, est expressément retenu. Et les versements dont la demande a été déposée avant le 13 octobre 2008 échappent à l'exclusion, celle-ci n'ayant été introduite qu'à cette date.

Le rachat Madelin, lui, produit bien des trimestres cotisés opposables à la carrière longue. Pour un indépendant qui vise un départ anticipé, c'est la seule voie utile des deux.

Payer comptant ou étaler

Au-delà d'un trimestre, le paiement peut être échelonné en mensualités d'égal montant : sur un ou trois ans pour deux à huit trimestres, sur un, trois ou cinq ans à partir de neuf trimestres. Le tarif réduit avant 40 ans ouvre l'étalement sur cinq ans quel que soit le nombre de trimestres. Attention toutefois : les échéances postérieures au onzième mois sont majorées de l'évolution prévisionnelle des prix. L'option de paiement doit figurer dans la demande, à peine d'irrecevabilité.

À retenir Sources officielles